LE TABLEAU
J’ai voulu peindre un tableau. J’ai pris mes crayons et mes pinceaux et couché mon âme sur la toile de lin.
Mais
des tons gris se sont révélés. J’avais beau faire. Tout ce noir dans le
creux de mon cœur. Un orage sourdait à l’orée de mes paupières. Le vent
soufflait. Les arbres agitaient leurs griffes. La pluie allait pleurer.
J’essayais d’avancer dans mon ébauche mais le sombre me
paralysait. J’étais cernée de gris cendre, se consumant dans l’âtre de
mon existence.
Alors, j’ai dit : Maintenant c’est assez ! Je veux de la couleur !
J’ai
jeté ma palette à l’oubli mais j’ai gardé mon esquisse. Mes mains
l’avaient façonnée, ma tristesse l’avait barbouillée. Elle venait du
plus profond de moi. On ne jette pas ce que l’on est.
Je l’ai à nouveau regardée. Je me suis un peu reculée pour mieux la contempler.
Et
mes mains ont pris la couleur, un peu de lueur pour balayer le ciel.
J’ai soigné le sombre au pansement de l’arc en ciel. Je me suis dit :
Comme c’est joli ! J’ai mis quelques grappes de rouge, de blanc, de
jaune et de bleu. Des bouquets de bonheur.
Je vais l’accrocher au mur, pour me souvenir que la lumière éclaire aussi l’obscur.

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