
LA BELLE ET LE LOUP
Il était une fois, à mille lieues de là, un village vivant sous la terreur d'une effroyable créature.
Aucun n'avait le courage d'affronter la terrible bête.
Jusqu'au jour où il fut un jeune homme, au cœur généreux, dont les cris de la bête parvenaient à ses oreilles comme un appel mystérieux.
Il voulut savoir.
Bravant le conseil des anciens, il partit, une nuit où la lune était pleine et ronde.
Les habitants du village, graves et silencieux, le regardèrent s'enfoncer
dans les ténèbres de la forêt.
Bien que sa peur fût grande, le jeune homme avançait, se frayant un passage dans les bois hostiles, poussé malgré lui par une force étrange.
C'est alors qu'il l'entendit.
Le hurlement était là, tout près de lui, si près que les branches se découpant comme des ombres dans la nuit tremblaient sous la puissance des cris.
La bête était assise, tout en haut d'un rocher.
C'était un loup majestueux, poussant de longues plaintes douloureuses qui lui transpercèrent le cœur.
En s’approchant, le jeune homme aperçut, brillant au clair de lune, une larme briller dans l’œil du pauvre loup.
Sentant une présence, l'animal se retourna. Bien que son cœur battait la chamade, le jeune homme tendit la main, caressa le museau frémissant, bouleversé par les yeux tristes du loup qui le regardait.
À peine ses doigts eurent-il effleuré le poil soyeux que celui-ci devint
peau blanche, douce et satinée, tandis qu'une cascade de longs cheveux bruns enveloppait
le loup se transformant en une magnifique jeune fille.
Le jeune homme tomba aussitôt amoureux de la créature au regard de velours et ce fut bien réciproque.
Un baiser scella leur amour, enchaînant l'homme à la malédiction de la femme-louve.
Ils s'en retournèrent au village et se marièrent sous les feux de joies des villageois pensant que l'homme avait vaincu la bête, et qu'il avait rencontré sur le chemin du retour la belle devenue sienne.
Elle accoucha bientôt d'un petit garçon.
Et les années passèrent. Les hurlements avaient cessé près du village, mais,
chaque nuit de pleine lune, ensemble ils s'éloignaient pour préserver leur
secret les liant à tout jamais.

— Et le petit garçon ! s'exclame l'enfant qui, enfoui sous son édredon, écoute son père lui raconter l'histoire. Il était où quand son papa et sa maman n'étaient pas là ?
— Eh bien, répond le père, je suppose qu'un habitant du village devait le garder... Sa grand-mère peut-être ?
— Comme moi, quand maman et toi vous partez et que grand-mère vient me garder ?
— Oui, dit le père en souriant, mais ce n'est pas pour les mêmes raisons, tu le sais bien. Et puis ceci est un conte et je te l’ai déjà dit, les contes n'existent pas pour de vrai. Allons, il est temps de dormir à présent. Demain matin, c'est mamie qui te réveillera.
L'homme embrasse son fils qui dort presque déjà et éteint doucement la lampe.
Son regard se pose sur la fenêtre reflétant une lune pleine et ronde, brillant haut dans la nuit profonde.
Un sourire court sur son visage...
Il était temps de partir.
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