LÀ-BAS
Le ciel est gris cendre et ne s’arrête plus de tomber. Là-bas.
Et pourtant chaque jour encore, je reviens. Là-bas.
Je viens te retrouver.
Avant,
je déambule sur le petit sentier de terre et de cailloux bordé d’ajoncs
dorés qui longe l’océan. Parfois, je me rapproche tout près du bord qui
surplombe la vaste étendue de mer. Le vertige me prend à la vue, en
contrebas, des vagues ivres qui dansent… qui dansent et qui tournoient.
Il suffirait d’un pas.
Je
poursuis ma route, le regard perdu dans l’horizon, jusqu’à ce que
j’aperçoive l’escalier de marches naturelles creusées dans la roche, que
je descends.
Si elle est là, j’attends que la mer se retire. Qu’elle s’en aille. Très loin.
Même
encore, je l’entends respirer, souffler, haleter. Elle se ressource,
avant de prendre son élan et de revenir à l’assaut. Comme une hydre, qui
vient poser ses lèvres blanches sur les formes que j’ai gravées en son
absence dans le sable lourd et humide, qui lèche, se repaît, avant,
impitoyable, d’engloutir tout. Le logogramme absurde, le phylactère
vide, l’arabesque cursive que j’ai soigneusement dessinée, enroulée
telle une coquille, dans laquelle je finis toujours par me réfugier.
Un
promeneur curieux chercherait sans doute dans cet enchevêtrement
insensé de lignes un signe lui permettant de résoudre ce qu’il
supposerait être une énigme, peut-être une sorte de rébus.
Mais il n’y parviendrait pas. Le tracé est incomplet.
Il faudrait que tu puisses le terminer.
Le
vent souffle, mes cheveux s’agrippent au ciel noir, au ciel de plomb,
au ciel avant si bleu. Le vent souffle, mes pieds s’enlisent dans le
sable, le sable brun, le sable noir, le sable avant si doux.
J’ai envie de crier. J’ai envie de hurler. Ici, plus besoin de composer, de faire semblant.
Il n’y a personne d’autres que nous deux.
Au lieu de ça, je me laisse glisser sur le sable brun, avant si blanc, avant si beau.
Je croise mes bras autour de mes jambes et je contemple l’océan. Tu te trouves quelque part. Là-bas.
Mes
yeux ancrés aux siens, j’essaie d’entendre tes rires, j’essaie de te
voir surgir des eaux troubles, tes doigts fermement agrippés à la pelle
dont tu te servais pour coucher tes gribouillis sur le sable. J’essaie
d’entendre ta voix qui m’appelle à la rescousse parce que tu n’arrives
pas à finir seul les objets fabuleux que tu imaginais.
J’essaie… Si tu savais combien j’essaie..
Mais je n’entends que le bruissement des vagues et le cri rauque des cormorans.
Ce texte a été écrit dans le cadre d'un concours imposant 10 mots obligatoires
Les mots à inclure (à chercher si voulez !) :
logogramme – gribouillis – tracé – coquille – cursif/ve- rébus – composer – phylactère – arabesque – signe

LA BAS un exercice de mots à placer dans une phrase , amusant et très difficile MAIS dans ce texte c'est un endroit très agréable ou le rêve est présent pour communiquer avec ses pensees lointaines mais réelles, une joie qui permet de s'evader pour retrouver son vécu aussi.
RépondreSupprimerOui, Christiane, un défi d'écriture...
Supprimerbelle histoire douce et calme ou on retrouve une sérénité.
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